Un vif débat a éclaté au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU à Genève, à la suite de la présentation, mercredi dernier, du rapport de la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits de l’Homme, Mary Lawlor.
Ce rapport, issu de sa visite officielle en Algérie du 25 novembre au 5 décembre 2023, met en lumière plusieurs préoccupations liées aux restrictions des libertés fondamentales et les activités des militants des droits de l’Homme dans le pays.
La rapporteuse de l’ONU, Mary Lawlor a fait état de ce qu’elle considère comme des « persécutions » à l’encontre des défenseurs des droits de l’Homme, notamment des journalistes, avocats, syndicalistes et membres de la société civile, en raison de leurs activités et de leur coopération avec les mécanismes des Nations Unies.
Son rapport souligne une augmentation des restrictions sur les rassemblements pacifiques et une utilisation préoccupante des lois antiterroristes, en particulier l’article 87 bis du Code pénal, pour poursuivre des militants. L’experte onusienne a ainsi appelé les autorités algériennes à revoir ces lois et à garantir un environnement propice à l’exercice des libertés fondamentales.
Face à ces accusations, le représentant permanent de l’Algérie à Genève, Rachid Bladehane, a vigoureusement rejeté ces conclusions, qualifiant les préoccupations soulevées d’« allégations infondées ». Il a assuré que l’Algérie « garantit pleinement les droits et les libertés » et offre un cadre institutionnel adéquat pour l’exercice des activités des défenseurs des droits de l’Homme.
Rachid Bladehane a également précisé que, bien qu’il n’existe pas de loi spécifique encadrant le statut des défenseurs des droits de l’Homme, cela évite une distinction entre citoyens et que le cadre juridique algérien protège déjà ces droits. Il a cité la mise en place du Médiateur de la République comme un mécanisme permettant aux citoyens d’exprimer d’éventuelles doléances.
Sur la question des restrictions pesant sur la presse et la société civile, le diplomate algérien a affirmé qu’« aucun cas de répression ou de sanction visant des journalistes, blogueurs ou médias n’a été enregistré en raison du contenu de leurs publications ». Selon lui, les rares poursuites judiciaires mentionnées dans le rapport relèvent uniquement du droit commun et ne sont pas liées à la liberté d’expression. Pourtant, de nombreuses violations des libertés sont dument documentées par des ONG et des militants des droits humains. N’en déplaise au représentant permanent de l’Algérie à Genève, les faits sont têtus, il y a bien près de 240 détenus d’opinion en Algérie.
Concernant la loi controversée sur l’exercice des droits syndicaux, Rachid Bladehane a défendu son adoption en la qualifiant de « révision complète des normes juridiques garantissant la création et le fonctionnement des syndicats ». Pourtant, cette réforme a suscité une vive opposition de la part de plusieurs syndicats et partis politiques, qui dénoncent un recul des libertés syndicales.
Enfin, s’agissant de l’application de l’article 87 bis du Code pénal, souvent critiqué pour son utilisation dans des affaires impliquant des militants, Bladehane a soutenu sur le fait que la définition algérienne du terrorisme était « pleinement conforme aux décisions du Conseil des droits de l’Homme », en l’absence d’une définition universelle de l’acte terroriste. Il a conclu en affirmant que l’Algérie restait ouverte aux visites des rapporteurs de l’ONU pour évaluer la situation des droits de l’Homme dans le pays.
Ce bras de fer entre l’Algérie et l’ONU illustre les tensions persistantes autour de la question des libertés fondamentales dans le pays, alors que les autorités algériennes tentent de défendre leur bilan face aux critiques internationales.
Source: Le Matin D’Algérie