L’information est relayée par plusieurs médias en Algérie : Abdelkader Haddad, alias Nacer El-Djinn, ancien patron du renseignement intérieur qui vivait en résidence surveillée, s’est évadé. Le régime algérien reste très discret sur cette nébuleuse affaire.
“Où est Nacer El-Djinn ?” s’interroge Le Matin d’Algérie. “Les rumeurs vont de bon train à propos de son évasion, jusqu’à prétendre qu’il aurait une clé USB” au contenu compromettant pour le régime. Alors que le gouvernement a préféré ne pas communiquer sur cette affaire, “il se dit”, selon le site d’information algérien, que les forces de sécurité et les services de renseignements se sont lancés à ses trousses.
Nommé en juillet 2024 à la tête de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), Nacer El-Djinn n’aura passé qu’un peu moins d’une année à ce poste avant d’être soudainement limogé, puis arrêté, toujours dans la discrétion la plus absolue de la part des autorités.
À lire aussi : Politique. L’Algérie étouffe sous une “lourde chape de silence”
Selon un autre article du Matin d’Algérie, le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, et Abdelkader Haddad étaient proches, mais son éviction inattendue avait “alimenté les rumeurs de règlements de comptes internes”. Face au silence des autorités algériennes, le site d’information espagnol The Objective révèle qu’un hélicoptère Seahawk américain aurait “réalisé d’étranges manœuvres entre la côte espagnole et algérienne juste après [la] fuite” de Nacer El-Djinn, dans la nuit du 17 septembre.
L’hypothèse d’une extraction américaine
“Un hélicoptère militaire nord-américain a décollé depuis le destroyer USS Roosevelt (DDG-80), qui était parti de la base navale de Rota, en Espagne, le jour précédent, et a survolé durant plus de trois heures la Méditerranée occidentale à très basse altitude en face de la côte espagnole et de celle de l’Algérie, à environ 150 kilomètres d’Alger”, explique l’article.
Un étrange va-et-vient qui s’apparente, selon certains experts, à une forme de couverture par les airs d’une extraction en mer, ce que nient absolument les autorités militaires américaines contactées par le média. Le porte-parole de la flotte américaine ne confirme ni n’infirme la présence d’Abdelkader Haddad “sous garde nord-américaine”.

Le mystère reste donc entier autour de la disparition de Nacer El-Djinn (“le diable”, en arabe), un surnom qu’il doit à “des atrocités qui lui sont attribuées durant la décennie noire”, la guerre civile qui déchira le pays entre 1992 et 2002. Le même média indique que l’évasion du général de sa résidence surveillée aurait eu lieu dans l’après-midi du 17 septembre, alors que ceux qui étaient chargés de sa surveillance ne s’étaient aperçus de son absence que le lendemain. Certaines informations indiquent que Nacer El-Djinn se serait enfui avec huit autres officiers.
Même si elle est évoquée par certains, l’hypothèse d’une fuite du général vers l’Espagne, où résident son épouse hispano-marocaine et sa fille, reste invraisemblable, selon le média espagnol. “Surtout si l’on tient compte de précédents comme celui de Brahim Ghali [leader du Front Polisario] et des relations actuelles détériorées avec l’État algérien.” Le gouvernement espagnol n’est pas prêt “à ouvrir de nouveaux fronts avec le voisin du Sud”.
Toutes ces suppositions, dont la véracité est encore à prouver, font les choux gras de la presse marocaine, qui ne perd jamais une occasion de piquer au vif son voisin algérien. Agadir24 avance de son côté que “cette évasion, soupçonnée d’avoir été orchestrée en interne, place la présidence algérienne dans une position difficile et témoigne d’une importante rupture de confiance entre les centres de décision”. Et avec un sens consommé de la dramatisation, le journal interroge : “Quelles sont les implications de cette affaire pour l’avenir de la stabilité politique et sécuritaire du pays ?”
Malik Ben Salem
