En Algérie, l’étrange évasion de l’ex-patron du renseignement intérieur | Analyse

Amar Oubelkacem | Publié le 21 septembre 2025 à 17h33

Le général Abdelkader Haddad, récent patron de la DGSI relevé de ses fonctions, aurait quitté le pays par la Méditerranée.

Après quatre mois d’ennuis judiciaires, le général Abdelkader Haddad a réussi à s’enfuir à l’aube de jeudi 18 septembre, relançant le débat sur la lutte des clans au sommet du pouvoir algérien. Ancien officier supérieur s’était taillé une réputation de baroudeur durant les années 1990 lors de la guerre civile qui avait opposé des Islamistes armés à l’État.

Connu dans le pays par le surnom de Nacer El Jin (Nacer le jinn, le génie) avait été nommé en octobre 2024 au très influent poste de chef de la direction générale du Renseignement intérieur (DGSI), avant d’être relevé de ses fonctions soudainement, en mai dernier.

Malgré la haute surveillance

Réputé proche du président Abdelmadjid Tebboune, le sexagénaire a été accusé de corruption et de trafic d’influence, notamment pour avoir aidé un journaliste proche de lui. Mais aux arrêts début juin, il lui était interdit de quitter le pays par une décision de justice. S’en est suivie une valse-hésitation sur le sort de l’homme. Il a été envoyé dans une prison militaire à Ouargla (Sud-Est du Sahara algérien), avant d’être placé en résidence surveillée à Dély-Ibrahim, dans la proche banlieue d’Alger. C’est d’ici qu’il a disparu dès la matinée de jeudi 18 septembre.

A-t-il fui ? A-t-il été exfiltré ? Aucune information officielle n’est venue répondre à ces questions. Mais différentes sources indiquent que sans des complicités, le général ne pourrait quitter un endroit censé être surveillé sans interruption.

Malgré une absence totale de communication officielle, l’affaire s’est répandue comme une trainée de poudre grâce aux sources de journalistes et activistes exilés en France. Pour retrouver le fuyard, des barrages sécuritaires ont été dressés dans toutes les entrées et sorties de la ville. Dans la foulée, un Conseil de sécurité national, présidé par Abdelmadjid Tebboune s’est tenu dans l’après-midi du même jour. Accusé de négligence, le chef de la direction de la Sécurité de l’armée, chargée de la surveillance du Général Nacer El Jin, a été relevé de ses fonctions.

Destination inconnue

Tout cela n’a pas permis de localiser le fugitif. Pendant que certaines sources l’annoncent partant pour l’Espagne où il possède une résidence et où il avait vécu quelques années avant de rentrer au pays en 2021, d’autres affirment qu’il se cache quelque part dans le pays, d’autres encore le localisent en Suisse. Ce qui est certain, c’est que trois jours après les faits, Abdelkader Haddad reste introuvable. Comme restent sans explication pour l’instant les raisons de sa fugue.

Loin d’être une simple affaire d’évasion, l’affaire Nacer El-Jin vient incarner la guerre larvée à laquelle se livrent l’entourage du président Abdelmadjid Tebboune et l’État-Major de l’armée qui ne voit pas d’un bon œil le tour de vis sécuritaire du chef de l’État. Des dizaines d’opposants, de citoyens mais également d’officiers de l’armée qui auraient osé critiquer en privé le fonctionnement du pays, sont en prison.

Pour tenter de freiner le pouvoir de plus en plus étendu des conseillers du chef de l’État, les responsables militaires ont isolé des chefs des services de renseignement, rattachés depuis 2015 à la présidence de la République. Ainsi, en 6 ans de pouvoir, Abdelmadjid Tebboune a dû changer les chefs de la DGSI, de la DDGSE, de la direction de la documentation et de la sécurité extérieure. D’autres officiers, dont celui qui dirigeait la police judiciaire, un proche du chef de l’État, a été lui aussi mis aux arrêts le 10 septembre dernier, pour « insubordination ».

La Croix